March 4, 2013

En relisant «Les Trois Mousquetaires» - VII

La suite. Le début est ici


XXXI. ANGLAIS ET FRANCAIS
« L'heure venue, on se rendit avec les quatre laquais, derrière le Luxembourg, dans un enclos abandonné aux chèvres. Athos donna une pièce de monnaie au chevrier pour qu'il s'écartât. Les laquais furent chargés de faire sentinelle. Bientôt une troupe silencieuse s'approcha du même enclos, y pénétra et joignit les mousquetaires ; puis, selon les habitudes d'outre-mer, les présentations eurent lieu. »

Le Palais de Luxembourg, construit vers 1625, n’a pas beaucoup changé extérieurement si on regarde sa façade côté du centre de Paris.

Le Palais de Luxembourg vu de la rue de Tournon

A cette place au Moyen Age se trouvait le château de Vauvert qui avait une assez mauvaise réputation – il était habité, disait-on,  par une force maléfique, demi-homme, demi-serpent. Pour cette raison le roi Philippe Auguste aurait laissé ces terres en dehors de l’enceinte de la ville. Après l’assassinat d’Henri IV, Marie de Médicis a décidé de quitter Louvre, qu’elle n’aimait pas et qui fut ainsi totalement déserté. Elle fit construire un palais isolé que lui rappelait son Italie natale et acheter les terres aux alentours comprenant notamment la propriété de François de Luxembourg, dont le nom fut repris par le nouveau palais.

Le terrain vague situé derrière le palais s’est transformé petit à petit, en quelques dizaines d’années, en luxuriant jardin de Luxembourg. Sur le plan daté de 1630 la fontaine et la première clôture du jardin existent déjà.

Jardin de Luxembourg – lieu des duels entre les Anglais et les Français


« Lord de Winter, en quittant d'Artagnan, lui donna l'adresse de sa sœur ; elle demeurait place Royale, qui était alors le quartier à la mode, au n° 6. D'ailleurs, il s'engageait à le venir prendre pour le présenter. »

La place Royale sappelle aujourdhui la Place des Vosges. Elle a été crée aux temps d’Henri IV pour la cour royale. C’était un carré de maisons toutes semblables destinées aux courtisans et aux aristocrates. Deux maisons se distinguaient toutefois des autres par la hauteur – une du côté sud de la place destinée au roi et une autre côté nord – à la reine. Henri IV a dessiné de sa propre main le projet de la place. Il en a également  interdit de diviser les propriétés entre les héritiers. Celles-ci devaient être transmises de père en fils en entiers. C’est probablement pour cette raison que nous pouvons voir aujourd’hui la place telle qu’elle a été conçue initialement.

La place doit son nom actuel à la Révolution. En 1800 la province des Vosges a été la première à avoir payé les impôts, dont la Révolution avait tellement besoin. Ainsi son nom est entré dans la postérité. Chaque époque a ses héros.

Place des Vosges, la maison de la reine

Dumas n’a pas logé Milady n’importe où, puisqu’il a choisi pour elle la maison qu’occupait Victor Hugo - son ami très proche et en même temps son adversaire littéraire. Il y a dans ce choix un clin d'œil évident. En effet cette même maison fut habitée au XVII siècle par Marion Delorme, une très célèbre courtisane parisienne, héroïne du roman homonyme de Victor Hugo. Mademoiselle Delorme a été pendant un certain temps la maitresse de Richelieu, qui serait devenu son amant pour des raisons politiques, mais qui sait peut-être aussi pour des motifs plus personnels? C’est pourquoi il est bien probable que Milady ait hérité certains traits de Marion. Cependant il est vrai, qu’à la différence de Milady, Marion Delorme n’a pas tué le duc de Buckingham, bien au contraire elle fut également sa maitresse.
Aujourd’hui cette maison historique abrite le musée Victor Hugo.

La maison de Milady et de Victor Hugo


XXXII. UN DINER DE PROCUREUR

« Cependant le duel dans lequel Porthos avait joué un rôle si brillant ne lui avait pas fait oublier le dîner auquel l'avait invité la femme du procureur. Le lendemain, vers une heure, il se fit donner le dernier coup de brosse par Mousqueton, et s'achemina vers la rue aux Ours, du pas d'un homme qui est en double bonne fortune. »

La rue aux Ours

La très courte rue aux Ours (M° Etienne Marcel) relie la vieille rue Saint Martin qui a existé peut-être bien avant la ville elle même et le jeune boulevard de Sébastopol taillé dans le tissu urbain par l’énergique baron Hausmann. L’histoire de cette rue débute au XIII siècle, à cette époque de nombreuses tavernes et boutiques y vendaient la viande et la volaille rôties, la rue s’appelait alors la rue aux Oues (oues – ancienne forme du mot oies). Depuis les oues ont été transformé en ours – il fallait juste changer une lettre.


XXXIV. OU IL EST TRAITE DE L’EQUIPEMENT D’ARAMIS ET DE PORTHOS

« Ils se rendaient chez Porthos, lorsque, au coin de la rue du Bac, ils rencontrèrent Mousqueton, qui, d'un air piteux, chassait devant lui un mulet et un cheval…
…il continua son chemin vers le quai des Grands-Augustins, tandis que les deux amis allaient sonner à la porte de l'infortuné Porthos.»

La rue du Bac est celle où vivait le réel D’Artagnan, c’est à partir de cette rue que notre promenade à travers le Paris des mousquetaires a commencé.

Evoquons maintenant le quai des Grands Augustins. Une des plus anciennes routes qui longeait la rive gauche de la Seine a reçu le nom de Quai des Augustins en référence au monastère des Augustins fondé ici en 1259. Au XVII siècle un nouveau monastère dits des Petits Augustins ayant vu le jour juste à côté, le premier s’est vu rajouter à son nom l’adjectif « Grands ». Le quai aussi a changé de nom et est devenu le quai des Grands Augustins.

D’où vient cette distinction entre les Grands et les Petits Augustins ? Il se trouve que les moines attachaient une grande importance à l’aspect de leurs habits. Lorsqu’un ordre se scindait en deux congrégations, chacune adoptait une règle vestimentaire différente. Ainsi alors les grands augustins portaient d’amples et larges vêtements, ceux des petits augustins étaient plus étroits et plus courts. Il existait aussi des augustins aux pieds nus, qu’on appelait aussi les « petits pères » (comme ils n’avaient pas de chaussures – ils paraissaient plus petits), leur monastère se trouvait également pas très loin, rue des Vieux Augustins.

Sur le quai des Grands Augustins

Au cours de son histoire ce quai a vu de fort  nombreux événements. Juste en face se trouve la pointe de l’Ile de la Cité qui, tout en prolongeant l’île, surmonte à peine le niveau du fleuve. Cette pointe a été crée à l’emplacement de deux petites îles de haut-fond qui tantôt disparaissaient de la carte de Paris, tantôt apparaissaient de nouveau en fonction de l’humeur de la Seine capricieuse. Sur une de ces îles en 1314 s’est produit un terrible événement. Le grand Maître de l’ordre des Templiers Jacques de Molay y fut brûlé vif. Lors de son exécution il a maudit le roi Philippe le Bel et toute sa descendance jusqu’à la treizième génération. On imagine que cette malédiction a entraîné la fin de la dynastie des Capets ainsi que celle de leurs parents, les Valois. La Reine Margaux, la dernière des Valois est morte en 1615 sans laisser d’enfants…

La pointe de l’île de la Cité, le Pont Neuf et l’ex quai des Augustins


 
XXXIX. UNE VISION

« Promenez-vous, lui disait-on, mercredi prochain, de six heures à sept heures du soir, sur la route de Chaillot, et regardez avec soin dans les carrosses qui passeront, mais si vous tenez à votre vie et à celle des gens qui vous aiment, ne dites pas un mot, ne faites pas un mouvement qui puisse faire croire que vous avez reconnu celle qui s'expose à tout pour vous apercevoir un instant. »

Il y a longtemps, Chaillot était un petit village sur la rive droite de la Seine. Aujourd’hui, c’est le XVIème arrondissement chic de Paris.

Vue de la Tour Eiffel sur le Palais Chaillot et le XVIème arrondissement

« Mais d'Artagnan était à la fois entêté et curieux. Il avait mis dans sa tête qu'il irait au Palais-Cardinal, et qu'il saurait ce que voulait lui dire Son Éminence. Rien ne put le faire changer de résolution. On arriva rue Saint-Honoré, et place du Palais-Cardinal on trouva les douze mousquetaires convoqués qui se promenaient en attendant leurs camarades. »

Le Palais Royal – le Palais du Cardinal – vue de la rue Saint-Honoré

Le palais du cardinal a été construit à la demande et avec la participation active de Richelieu. Il l’aimait beaucoup, et même il y a emménagé bien avant la fin des travaux. Il y est mort en 1642 en léguant tout le palais avec tout ce qu’il contient au roi. Mais Louis XIII est décédé à peine six mois après la mort du grand cardinal. Après tous ces événements, c’est Anne d’Autriche qui a emménagé dans le palais avec ses deux fils qui étaient encore en bas âge - le futur roi-soleil Louis XIV et son frère cadet Philippe d’Orléans. C’est à ce moment que le palais du cardinal s’est transformé en palais royal. Il faut dire qu’en 1651 la reine mère a quitté le palais. Elle ne l’a pas simplement quitté pour ne jamais y revenir. Elle s’est en fait, littéralement sauvée pour fuir « l’explosion » de la Fronde (vous vous souvenez que les deux d’Artagnan le « vrai » et le héros littéraire ont contribué à ces événements). Bien que les rois n’aient jamais plus vécu dans ce palais, ce dernier a conservé le nom de royal.

Il n’y a pas longtemps la cour intérieure du palais s’est « enrichie » d’une œuvre d’art moderne contemporain. Que penserait Richelieu s’il pouvait voir son palais chéri ainsi transformé…

Dans la cour du Palais Royal


XL. LE CARDINAL

« En arrivant au faubourg Saint-Antoine, il se retourna pour regarder gaiement la Bastille… »

La Porte Saint-Antoine jouxtait le mur qui faisait partie de l’enceinte de la ville et entourait la Bastille. Au-delà la porte commençait le faubourg Saint-Antoine (à gauche du nouveau bâtiment de l’Opéra, sur la photo).

Le regard d’adieu de d’Artagnan

Avec le départ des mousquetaires pour le siège de  La Rochelle se terminent la partie « parisienne » du roman et notre promenade sur les lieux des mousquetaires à Paris.

Saint
-PétersbourgParis 2006-2010 © Nikolaï Endegor
Traduction d'Olga Skrypnikova

 

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